Comment faire de la Galerie Vivienne votre repaire d'art contemporain discret

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Si vous pensez connaître la Galerie Vivienne parce que vous en avez une photo sous verrière dans votre téléphone, vous passez probablement à côté de l'essentiel. Derrière le cliché de carte postale, le passage cache un véritable réseau de galeries d'art et d'espaces d'exposition qui en font un repaire d'art contemporain bien plus subtil que nombre de white cubes surmédiatisés.

Un antidote aux musées saturés et aux vernissages de façade

On voit se répéter chaque saison la même scène : files interminables devant les grandes expositions parisiennes, selfies devant les mêmes installations instagrammables, champagne tiède dans des vernissages où l'on parle plus de réseaux que d'œuvres. À force, la visite culturelle devient un rituel vidé de son sens.

La Galerie Vivienne offre une tout autre temporalité. On y entre pour flâner, mais on y revient pour s'installer dans un rythme plus lent, presque artisanal : prendre le temps de discuter avec un galeriste, feuilleter un catalogue, revenir une semaine plus tard pour revoir une œuvre sans la foule. Avec l'arrivée récente de la Galerie de l'Académie des beaux‑arts, cette vocation culturelle se renforce, mais sans céder à la spectacularisation.

Cartographier son « triangle d'art » dans la Galerie Vivienne

Pour transformer le passage en repaire d'art contemporain, il faut d'abord le cartographier autrement que comme simple alignement de boutiques.

Vivienne Art Galerie : le laboratoire collectif

Créée en 2009, Vivienne Art Galerie fonctionne presque comme une micro‑communauté : une trentaine de partenaires et amis réunis autour d'une passion commune, l'art, avec une programmation qui circule entre peinture, sculpture, photographie et design. On est très loin du lieu froid où l'on chuchote devant des cartels illisibles.

Pour un amateur averti, Vivienne Art Galerie est un observatoire intéressant de la manière dont des collectionneurs privés structurent un lieu de rencontre, plus qu'un simple espace de vente. Pour un néophyte, c'est l'endroit parfait pour poser des questions naïves sans se faire toiser.

Blase Workshop : l'irrévérence assumée

Quelques mètres plus loin, Blase Workshop casse le cérémonial de la galerie traditionnelle. Lieu hybride, entre atelier d'artiste et boutique de musée, il donne accès à la fois aux œuvres irrévérencieuses de Blase, aux tableaux en cours de restauration et aux projets à peine sortis du carnet de croquis.

C'est exactement ce qui manque dans beaucoup de circuits d'art contemporain : la coulisse. Voir une œuvre en cours, apercevoir un test, un ratage repris, c'est comprendre concrètement ce qu'on appelle un « processus de création » au lieu de se contenter d'un texte de salle obscur.

La Galerie de l'Académie des beaux‑arts : le nouvel acteur à prendre au sérieux

Ouverte à l'automne 2025, la Galerie de l'Académie des beaux‑arts vient ajouter une couche institutionnelle, dans le bon sens du terme. On quitte le tête‑à‑tête avec un galeriste indépendant pour entrer dans un programme qui prolonge les prix, bourses et actions de l'Académie à l'échelle nationale.

Concrètement, cela signifie des expositions liées à des artistes primés, à des thématiques de recherche, parfois à des enjeux de société. Loin du gadget, c'est un ancrage solide qui fait dialoguer le passage avec les grandes institutions culturelles françaises (vous retrouverez d'ailleurs l'Académie sur son site officiel, academiedesbeauxarts.fr).

Construire une journée « art discret » à Paris 2e autour de la Galerie Vivienne

Imaginons un scénario volontairement à rebours des marathons de musées. Ni tour en bus, ni quatorze expositions en huit heures. Juste une journée dense, mais respirable, avec la Galerie Vivienne comme fil rouge.

Matinée lente : lecture, repérage, premières œuvres

Commencez par un café tardif dans la galerie ou à proximité, en entrant par la rue des Petits‑Champs. L'idée n'est pas de cocher des cases, mais de régler votre tempo. Longez tranquillement le passage, notez les vitrines qui accrochent l'œil, repérez les horaires de Vivienne Art Galerie et du Blase Workshop (majoritairement du mardi au samedi, souvent l'après‑midi).

En fin de matinée, passez à la Librairie Jousseaume. Librairie ancienne, certes, mais pas figée. On y trouve des gravures, livres du XIXe et du XXe siècle, cartes postales ; de quoi comprendre que l'objet livre fait aussi partie de l'écosystème artistique. Feuilleter un catalogue d'exposition de 1920 est parfois plus éclairant que de lire trois tribunes sur l'état de l'art contemporain en 2025.

Déjeuner intelligent : gastronomie et discussion

Pour le déjeuner, restez dans le périmètre de la galerie. Plusieurs articles du site détaillent déjà comment éviter les « pièges à touristes » et choisir une table cohérente avec un parcours culturel, notamment « Où bien déjeuner dans la Galerie Vivienne ». L'enjeu, ici, n'est pas d'en remettre une couche gastronomique, mais de rappeler un principe simple : un bon déjeuner calme, avec des produits de saison et une salle où l'on s'entend parler, vaut mieux qu'un énième brunch bruyant posté en story.

Profitez de ce temps pour poser sur la table deux ou trois reproductions d'œuvres repérées le matin (ou en amont). Ce temps de parole, presque scolaire, fait toute la différence : l'art contemporain cesse d'être un décor pour redevenir un sujet de conversation structuré.

Après‑midi de visites ciblées

L'après‑midi, concentrez‑vous sur deux ou trois lieux, pas plus. Par exemple :

  • passage par Vivienne Art Galerie pour un regard panoramique sur plusieurs artistes
  • halte plus immersive au Blase Workshop, pour se frotter à un univers singulier
  • et, selon la programmation, focus sur une exposition de la Galerie de l'Académie des beaux‑arts

Le piège serait de vouloir « tout voir ». Mieux vaut passer vingt minutes à discuter de deux œuvres que dix secondes à prendre vingt photos illisibles.

Et si vous êtes collectionneur (ou en train de le devenir) ?

La Galerie Vivienne n'est pas seulement un décor agréable pour amateurs de flânerie. Pour un collectionneur en devenir, c'est un terrain d'apprentissage précieux, plus lisible que les grandes foires internationales.

Observer les écarts de positionnement

Entre une galerie indépendante comme Vivienne Art Galerie, un atelier‑boutique comme Blase Workshop et une institution comme la Galerie de l'Académie des beaux‑arts, l'éventail est large. Prendre le temps d'écouter comment chacun parle de ses artistes, de ses prix, de ses publics est une formation accélérée à l'écosystème de l'art.

Posez des questions directes (mais polies) :

  • « Comment choisissez‑vous les artistes que vous exposez ? »
  • « Quel budget faut‑il envisager pour commencer une petite collection ici ? »
  • « Quelle œuvre de l'exposition actuelle vous semble injustement sous‑estimée ? »

On apprend plus en quinze minutes de conversation sincère avec un galeriste que dans un dossier de presse électronique impersonnel.

Relier le passage au marché global

Pour remettre ce que vous voyez à la Galerie Vivienne dans un contexte plus large, n'hésitez pas à consulter les analyses du rapport Art Basel & UBS sur le marché de l'art ou les publications de l'Observatoire des politiques culturelles en France. Vous verrez comment un passage couvert parisien s'inscrit, à sa manière, dans une économie mondiale de l'art où tout le monde ne joue pas selon les mêmes règles.

Un passage, trois niveaux de lecture

Ce qui fait la force de la Galerie Vivienne pour les amateurs d'art, c'est cette superposition de couches :

  1. L'enveloppe architecturale : un chef‑d'œuvre du XIXe siècle, inscrit aux Monuments historiques, qui donne au moindre cartel une densité particulière.
  2. Le tissu commerçant : librairie ancienne, décorateurs comme Secrets d'Intérieurs, maisons de parfums conceptuelles, qui prolongent la question du goût jusque dans l'objet du quotidien.
  3. Les espaces d'exposition : galeries, atelier, lieu institutionnel, qui injectent dans ce décor ancien des œuvres contemporaines parfois radicales.

On peut traverser la galerie sans rien voir de tout cela. Ou décider, un jour, d'y revenir pour la lire comme un texte à voix multiple. Les habitués du 2e arrondissement le savent : ce n'est pas un « spot », c'est un lieu qui se laisse apprivoiser.

Vers un art de vivre l'art, plutôt qu'un tourisme de l'art

À l'heure où les grandes capitales culturelles se débattent avec le tourisme de masse, la question n'est plus de savoir s'il faut ou non accueillir les visiteurs, mais comment. La Galerie Vivienne esquisse une réponse à sa façon : ni bunker pour initiés, ni parc à thème.

On peut y venir en famille (les enfants trouveront refuge chez Si Tu Veux pendant que les adultes regardent une exposition), y organiser une journée professionnelle en tissant réunions, déjeuners et visites d'art, comme le décrit déjà l'article « Organiser une journée professionnelle dans la Galerie Vivienne ». Ou simplement y revenir seul, de temps à autre, pour vérifier si l'œil s'est affûté.

Si vous voulez que ce passage devienne réellement votre repaire d'art contemporain discret, commencez modestement : choisissez une galerie, un café, une librairie dans la Galerie Vivienne et adoptez‑les. Revenez à des horaires réguliers, suivez les programmations via la page Actualités, osez poser des questions qui vous semblent naïves. C'est souvent là, dans ce frottement un peu maladroit entre regardeur et regardé, que naît le vrai rapport à l'art, loin des files d'attente chronométrées.

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