Galerie Vivienne, terrain de jeu secret pour les familles du week‑end
Passer un week‑end à Paris avec des enfants sans finir épuisé ni ruiné en attractions standardisées est devenu un sport de combat. La Galerie Vivienne offre pourtant un terrain de jeu discret, presque secret, où boutiques, salons de thé et lieux culturels forment un parcours familial beaucoup plus intelligent que les files d'attente de parcs d'attractions. Encore faut‑il savoir y circuler et faire vivre vraiment ses commerces.
Pourquoi la Galerie Vivienne fonctionne étonnamment bien avec des enfants
Première évidence souvent négligée : la galerie est un passage couvert, donc piéton, protégé de la pluie, sans voitures ni trottoirs à surveiller toutes les trois secondes. Pour des parents, c'est déjà un soulagement nerveux considérable. Pour les enfants, c'est un espace où l'on peut marcher, regarder, poser des questions, sans cette tension constante de la rue parisienne.
Mais l'essentiel n'est pas là. La vraie force de la Galerie Vivienne, c'est son écosystème : jouets intelligents, librairie ancienne, salons de thé, restaurants, galeries d'art, tout cela dans un périmètre minuscule. On peut improviser, couper une journée en plusieurs séquences, adapter le rythme aux plus jeunes sans traverser la ville à chaque fois.
Et contrairement à d'autres lieux "kids friendly" entièrement formatés, ici les enfants sont invités à entrer dans un monde d'adultes - celui des livres, de l'art, de la gastronomie - mais à hauteur d'enfant. C'est moins bruyant, plus dense, parfois un peu déroutant. Tant mieux.
Une actualité qui rappelle l'urgence de sortir des écrans
Depuis 2023, les rapports s'enchaînent sur l'explosion du temps d'écran des plus jeunes, en France comme ailleurs. Le Haut Conseil de la santé publique insiste, étude après étude, sur les effets délétères de la surexposition aux contenus numériques, en particulier chez les moins de 10 ans.
On peut continuer à s'indigner sur les réseaux, ou décider d'emmener ses enfants dans des lieux qui proposent autre chose qu'un énième "espace kids" connecté. La Galerie Vivienne, avec Si Tu Veux et la Librairie Jousseaume, est l'un de ces rares endroits concrets où l'on peut expérimenter une journée presque sans écran, sans se ruiner en options "pédagogiques" hors de prix.
Si vous avez besoin d'arguments chiffrés à opposer aux "mais tous les copains ont une tablette", les recommandations détaillées de Santé publique France sur l'usage des écrans selon l'âge valent largement une lecture calme avant d'organiser votre sortie.
Construire un vrai parcours famille, pas une errance
1. Commencer par un repère gustatif
Pour une sortie familiale réussie, le point de départ n'est pas la plus belle mosaïque, mais la première faim. Inutile de résister : les enfants fonctionnent à la glycémie. Autant l'anticiper.
Installez‑vous en début de visite au Valentin, salon de thé‑pâtisserie niché dans la galerie. Chocolat chaud, part de gâteau, viennoiseries maison... En 20 minutes, vous fixez le cadre : ici, on se pose, on goûte, on prend le temps. Vous pouvez même en profiter pour expliquer deux ou trois règles de base, sans ton militaire : pas de course, pas de ballon, respect des vitrines et des commerçants, comme rappelé sur la page Foire aux questions.
Ce rituel de départ vous évitera les fameux "j'ai faim" stridents pile au moment où vous commenciez à vous intéresser à la verrière.
2. Si Tu Veux : le cœur battant de la journée
Une fois l'énergie stabilisée, direction Si Tu Veux, ce magasin de jouets qui ressemble davantage à un cabinet de curiosités enfantin qu'à un entrepôt de plastique. Ici, tout ou presque est sans pile, en bois, en matières nobles, avec un vrai souci pédagogique.
Ne tombez pas dans le piège de la visite commando. Laissez les enfants explorer, toucher, hésiter. Vous pouvez fixer un budget clair en amont - "un jouet chacun", "un jeu pour toute la famille" - mais n'écourtez pas la discussion. Choisir un jeu de société, un kit d'expérience scientifique ou un déguisement n'a rien à voir avec cliquer sur "acheter" sur un site en ligne.
Et si vous manquez d'idées, n'hésitez pas à solliciter les conseils de l'équipe, rompue aux besoins très concrets des 0‑12 ans. On est loin des recommandations générées par un algorithme de vente croisée.
3. Librairie Jousseaume : initier à la chasse au trésor livresque
La Librairie Jousseaume peut intimider au premier abord : rayonnages serrés, odeur de vieux papier, silence relatif. C'est justement ce qui fait sa force avec des enfants, à condition de la présenter comme une chasse au trésor plutôt que comme un sanctuaire où il ne faut surtout pas respirer.
Proposez un défi simple : chacun doit trouver un livre avec une couverture qui lui parle, ou un ouvrage datant de l'année de naissance des grands‑parents. Ou encore un livre sur Paris, à feuilleter ensemble ensuite au café. L'idée est de transformer le livre ancien en objet vivant, lié à des histoires familiales, pas en relique poussiéreuse.
Ne soyez pas surpris si les plus jeunes s'attachent davantage aux cartes postales ou aux gravures qu'aux volumes massifs. Tout est bon dès lors qu'on sort du réflexe "livre = devoir scolaire".
4. Galeries d'art et Académie des beaux‑arts : apprivoiser l'art contemporain
Beaucoup de parents se sentent démunis face à l'art contemporain. Comment l'expliquer aux enfants, que dire, que regarder ? Bonne nouvelle : la Galerie Vivienne concentre plusieurs portes d'entrée à taille humaine.
Vivienne Art Galerie et Blase Workshop offrent des formats d'exposition plus intimistes que les grands musées. On peut y rester vingt minutes, poser deux questions, échanger avec les personnes présentes. Pas besoin d'être expert : il suffit de prendre le temps de dire "ce tableau te fait penser à quoi ?".
Quant à la Galerie de l'Académie des beaux‑arts, ouverte à l'automne 2025, elle ajoute une dimension pédagogique assumée : expositions liées aux prix remis par l'Académie, thématiques variées, librairie‑boutique attenante. Parfait pour les préados et ados qui commencent à poser des questions sur le métier d'artiste, les écoles, les parcours.
Déjeuner ou dîner : choisir un restaurant sans piège
Daroco : la carte italienne qui parle aux enfants
Pour un déjeuner ou un dîner qui mette tout le monde d'accord, Daroco coche à peu près toutes les cases : pizzas napolitaines travaillées, pâtes maison, décor spectaculaire (les anciens ateliers de Jean‑Paul Gaultier), ambiance vivante sans être étouffante.
Les enfants y trouvent des repères familiers - pizza, pâtes - tandis que les adultes peuvent enfin manger autre chose qu'un "menu kids" monochrome. Réserver est quasiment indispensable le week‑end, surtout si vous voulez une plage horaire raisonnable entre deux séquences de visite.
Bistrot Vivienne ou Bougainville : faire goûter Paris sans caricature
Si vous préférez une cuisine française plus classique, deux options solides s'offrent à vous : le Bistrot Vivienne et Le Bougainville. Deux ambiances, un même refus du piège à touristes.
Avec des enfants, privilégiez les horaires un peu décalés - début de service le midi, tôt le soir - pour éviter le bruit et la fatigue collective. L'idée n'est pas de leur imposer un dîner compassé, mais de leur faire toucher du doigt ce que peut être un vrai bistrot parisien qui ne vit pas uniquement des photos sur Google Maps.
Et pour les parents qui ont besoin de beauté aussi
À force de penser "enfants", on finit parfois par s'oublier. La Galerie Vivienne offre pourtant plusieurs haltes très "adult friendly" que l'on peut intégrer dans le parcours sans que les plus jeunes s'ennuient.
Un parent peut, par exemple, faire un saut chez Binet‑Papillon Parfums pendant que l'autre reste avec la tribu chez Si Tu Veux. Découvrir une maison de parfums indépendante, loin des jus standardisés des chaînes, n'est pas du luxe futile : c'est une manière de montrer aux enfants que l'on peut créer autrement, en petite série, avec une vraie vision.
Même logique pour Louvreuse ou Catherine André : il n'est pas nécessaire d'acheter pour initier ses enfants à la différence entre un produit pensé pour durer et un objet jetable. Une simple discussion sur le cuir, la maille, la fabrication en France est déjà une petite leçon d'économie réelle.
Un cas concret : le samedi de Chloé et Malik
Chloé et Malik vivent à Montreuil avec leurs deux enfants, 5 et 9 ans. Ils connaissent vaguement la Galerie Vivienne pour y avoir traversé une fois en coup de vent, un soir de pluie. En janvier, ils décident de tenter le week‑end "sans écran" dont ils parlent depuis des mois sans jamais le faire.
Ils prennent le métro jusqu'à Bourse, arrivent vers 10h30. Chocolat chaud et croissant au Valentin, puis exploration libre chez Si Tu Veux. Les enfants choisissent un jeu de société et un kit d'expériences scientifiques, Chloé échange avec la vendeuse sur les pédagogies alternatives.
Direction ensuite la Librairie Jousseaume. Malik tombe sur un livre d'architecture des années 50, leur fille sur un petit ouvrage illustré sur Paris. Ils déjeunent chez Daroco, où les enfants regardent, fascinés, le ballet des pizzaiolos.
L'après‑midi se poursuit par un passage à la Galerie de l'Académie des beaux‑arts, puis par un café rapide chez Les Caves Legrand pendant que les enfants testent leur nouveau jeu sur un coin de table.
Ils rentrent crevés, oui, mais avec une impression rare : avoir passé une journée dense, cultivée, joyeuse, sans avoir offert une seule fois leur attention aux écrans publicitaires. La galerie ne leur a pas seulement fourni un décor, elle a donné du contenu à leur week‑end.
Préparer sa venue pour que la magie fonctionne
Une journée familiale ratée dans la Galerie Vivienne ressemble toujours à peu près à ceci : arrivée à l'improviste un jour de pointe, pas de réservation, pas de budget clair, pas d'idée de parcours, dérive dans la foule, crises de fatigue, photos expédiées, promesse de "plus jamais ça".
Pour éviter ce scénario, quelques réflexes simples suffisent :
- Vérifier les horaires d'ouverture de la galerie et des boutiques (tout est détaillé sur les pages Boutiques et dans la FAQ).
- Réserver un restaurant dans la galerie ou à proximité (Daroco, Bistrot Vivienne, Le Bougainville).
- Fixer avec les enfants un cadre simple : un jouet, un livre, un goûter, pas plus. Mieux vaut un choix assumé qu'un shopping flou.
- Prévoir un temps dédié à l'art (galeries, Académie des beaux‑arts) et l'annoncer comme tel, pas comme une obligation cachée.
- Se garder un créneau de flânerie libre, sans destination imposée, pour simplement marcher sous la verrière.
Et après ? Faire de la galerie un rituel plutôt qu'un exploit
La vérité, c'est qu'une seule journée ne suffira pas. C'est tant mieux. La Galerie Vivienne mérite d'être apprivoisée, revisitée, retrouvée à différentes saisons. L'hiver, avec sa lumière rasante et ses week‑ends plus calmes, est une porte d'entrée idéale.
Si cette première expérience familiale vous donne envie d'aller plus loin, explorez les idées proposées dans la rubrique Actualités pour imaginer une visite scolaire, un projet créatif avec des ados, ou même une journée professionnelle mêlant enfants et grands‑parents.
En attendant, le plus simple reste parfois le plus ambitieux : revenir. Revenir au printemps, en été, à Noël, retrouver les mêmes visages derrière les comptoirs, voir comment les vitrines évoluent, comment les enfants se réapproprient les lieux. Un passage couvert historique ne vit que de cela : des relations qui durent, au‑delà des selfies et des week‑ends trop remplis.
La prochaine fois que vous chercherez une activité pour un samedi ou un dimanche à Paris 2e, remplacez "centre commercial" dans votre moteur de recherche par "Galerie Vivienne". Vous verrez, la journée n'a pas du tout la même gueule.